PARLER UNE (SA) LANGUE AU (DE) CINEMA
.
ATELIER ANIME PAR MARIE-PIERRE DUHAMEL MULLER
AU CSJC D’AJACCIO DU 1 ER AU 3 JUIN 2012

Projection et analyse d’extraits de films et de courts métrages
.
PRESENTATION DE L’ATELIER
Dialogue écrit ou improvisé, paroles arrachées ou offertes, textes lus ou dits… depuis les années 30, le cinéma enregistre une langue (et parfois plusieurs) dès lors qu’il enregistre une parole. Sans revenir sur les problématiques de la parole cinématographique ailleurs brillamment abordées, on écoutera les langues (leurs variations et leur jeu) que parlent les films, fictions et documentaires, au fil de l’histoire du cinéma, de ses évolutions technologiques, de ses systèmes de distribution (des doubles versions aux doublages), et pourquoi pas de ses modes. On cherchera les traces de langues longtemps “inaudibles” (langues dominées, dialectes, accents), on verra sans doute se manifester les « pièges de Babel » qui défient le langage du cinéma.
1er JOUR Etrangers (de) partout
Retracer, au fil de l’histoire du cinéma (sonore), comment parlent les “étrangers” ou les “provinciaux”, et comment sont parlées les “langues étrangères” est un exercice plein de surprises : au brouhaha des langues et aux clichés (le “barbare” de l’Antiquité n’est-il pas celui manie un babil indistinct, inintelligible aux détenteurs de la civilisation) s’ajoute sans s’y substituer une inquiétude linguistique du dialogue et du scénario. Cinélangues désinvoltes et mise en scène “par les langues” coexistent dans un heureux refus du naturalisme (ou contre toute vraisemblance). Des Babel ironiques de Lubitsch (Haute pègre) aux accents de Dita Parlo et Michel Simon (L’Atalante), des langues de “pays-classe” de Renoir (La Marseillaise, La Grande illusion) à l’anglais de Maurice Chevalier, tout film documente par la langue à la fois son histoire (ses personnages) et sa relation au “réel” de son temps. Les cinéastes, jouant avec les contraintes ou les conventions, font de la langue un enjeu et un ressort de mise en scène. Ce qui se joue à chaque fois, c’est la question du réalisme.
2ème JOUR Cinélangues - Histoire
Dans le Confidential Report (Mr Arkadin) d’Orson Welles il serait possible de lire une métaphore : dans l’Europe sortant de la guerre (la deuxième), un homme qui ne parle qu’américain est le jouet d’un criminel européen polyglotte. Comme dans Le Troisième homme, il semblerait que l’Europe ne puisse se remettre à parler qu’en regardant son histoire en face : l’entreprise de Monsieur Arkadin est de l’effacer. Dans La Captive aux yeux clairs de Howard Hawks ou dans l’Année du Dragon de Michael Cimino, la mise en scène des langues enrichit le scénario d’une dimension qui pourrait rester invisible : l’historicité des mots et des parlers. Retour du réel au-delà des typologies et des conventions. Stylisation.
Dans de nombreux films antinazis des années 30 et 40, le cinéma doit se confronter à l’allemand, “langue ennemie”, et lui trouver un statut (Fritz Lang, Man Hunt et Hangmen Also Die). Des années plus tard, un documentaire de Stan Neumann tentera de donner forme cinématographique à l’analyse de la langue du Reich (La Langue ne ment pas). La langue porte l’Histoire. Quand il y prête attention, comme dans Aliénations de Malek Bensmail, le documentaire le montre de manière éclatante. C’est aussi que toute langue parlée est plus qu’un idiome : c’est l’engagement d’un corps. Langue physique, vécue, façonnée par l’Histoire, enregistrée par le cinéma.
3ème JOUR Ce que l’on comprend
Nous adopterons (par des exemples) le point de vue de spectateurs dont le film parle une langue qui n’est pas la nôtre. De la France à la Chine en passant par l’Italie et les USA, nous tenterons de voir comment le cinéma a la capacité de se “faire comprendre” alors même que la langue échappe en partie aux efforts des traducteurs. Nous verrons la langue fonctionner comme un “accélérateur” de scénario (Johnnie To Election, films de Totò…) dont seuls profitent ceux qui l’entendent. Nous regarderons comment les “parlers”, les langues des migrants intérieurs ou extérieurs ou les langues régionales et leurs inflexions sont aujourd’hui les fréquents enjeux d’un réalisme cinématographique qui ne peut plus ignorer la réalité des expressions ou qui tente de les mettre à son service.
Nous verrons comment le cinéma peut convoquer l’expérience et les rêves des spectateurs malgré leur “surdité” linguistique. Une capacité dont le revers est bien entendu un quasi constant “malentendu”.
MARIE-PIERRE DUHAMEL MULLER
On recommandera la lecture de “Le Complexe de Cyrano” de Michel Chion (éditions Cahiers du cinéma), complément à “La Voix au cinéma” du même auteur.
INSCRIPTIONS Jusqu’au 20 MAI 2012
TELECHARGER le formulaire d’inscription
Le stage a lieu au CSJC d’Ajaccio, chemin de la Sposata, du 1er juin au 3 juin (de 10h à 12h et de 14h à 17h).
Projection, le 1er juin à 20h30 du film des frères Taviani, “Padre Padrone”
Bulletins (RSS)