Corsica Doc
Le Festival : Edition 2010 : Présentation : Les Ateliers
 

LES ATELIERS

- Les Ateliers scolaires :

mardi 16 novembre (en présence du réalisateur), mercredi 17 novembre, jeudi 18 novembre, vendredi 19 novembre : de 10h00 à 12h00.

D’emblée, les ateliers scolaires ont connu un répondant enthousiaste dans les établissements ajacciens. Tant le cinéma documentaire semble un vecteur d’éducation au monde d’aujourd’hui. Notre souhait est évidemment que ces films aident au décryptage des phénomènes sociaux, politiques, contemporains. Qu’ils permettent aux jeunes générations d’accéder à la lecture pertinente, non dupe, des images déversées sans compter par télévisions et ordinateurs. Mais aussi qu’ils soient un accès ludique, enchanté à l’art cinématographique.
Le film choisi cette année réuni tous ces critères. Un film de 1982, qui relate les évènements d’une période importante de l’histoire contemporaine en France : Mai 68. Mourir à 30 ans n’est pas un montage d’archives informatif sur la période, c’est un film très personnel réalisé par un enfant de cinéma, par un enfant de mai 68, par un militant désillusionné, par un homme blessé par la mort d’un ami, par une personne qui n’a pas fini de s’intéresser au monde.
Nous sommes particulièrement heureux de présenter ce film en cette période agitée où les mouvements sociaux ressurgissent, où les jeunes sont dans la rue, où les mêmes discours médiatiques brouillent la donne entre discours officiel et voix de la rue. Ce film de Romain Goupil, trente ans après, conserve toute sa force de vie et de liberté qui est celle de la jeunesse. Une énergie heureusement renouvelable.


- L'atelier "développement de projets" :

vendredi 19 novembre (10h-12h / 14h-17h), salle exposition de l’espace Diamant

L'atelier "Développement de projets" est organisé afin d’aider les jeunes réalisateurs corses à constituer un dossier de présentation  (écriture du synopsis, présentation, intentions…) de leur projet  de film (-court ou long, fiction ou documentaire-) et à savoir identifier les sources potentielles d’aide financière à l’écriture et à la mise en route de ces projets. Il sera animé par Marie Balducchi (productrice à AGAT Films) et Xavier Carniaux (Pdg de la société de production AMIP).

Les réalisateurs qui souhaitent participer à cet atelier peuvent envoyer par mail, jusqu’au 15 novembre, une première écriture à l’adresse suivante : corsica.doc@orange.fr ou se renseigner auprès du numéro de téléphone suivant : 06 13 21 39 87.


- L'atelier d'initiation documentaire (tout public) :
Reporté à février 2011

Représentations de la guerre au cinéma, animé par Marie-Pierre Duhamel

Durant trois jours, nous approcherons ensemble certaines questions de cinéma qui associent le documentaire et la fiction par le moyen d'un thème: la représentation de la guerre. Thématique centrale de l'histoire du cinéma et thème récurrent de la production cinématographique sous toutes ses formes, du documentaire au pamphlet, du journalisme au spectacle.

Voir le programme complet dans la rubrique ATELIERS

CRITIQUE DU FILM


Mourir à trente ans de Romain Goupil


par Hervé Guibert

Après le suicide de son ami Michel Récanati, Romain Goupil s’interroge sur son passé militant d’extrême gauche, de membre des CAL (Comités d’action lycéens). Il insère au milieu d’images d’assemblées générales et de manifestations tournées en 1968, des documents intimes et des témoignages d’anciens camarades qui participent de ce portrait d’une génération. « Quatorze ans plus tard, voilà qu’un film, Mourir à trente ans, de Romain Goupil, s’adresse à toute cette génération qui a « raté » l’événement (un peu comme on a raté à jamais, un tour de chant d’Edith Piaf), et nous met, très concrètement, au pied du mur de ce que fut mai 1968, nous fait toucher du doigt, fraternellement, en grand frère, cette plaie toujours vive, non pas pour nous mettre du sang sur les doigts, mais pour qu’on examine la dimension de la plaie, sa figuration, et la nature exacte du coutelas qui l’a ouverte. Enquête sur un espoir manipulé, enquête sur la mort d’un ami. Le sanglot reste intérieur, mais le film de Romain Goupil donne une terrible envie de pleurer. Pas seulement parce qu’il en va de la mort d’un jeune homme, mais parce qu’il en va de la mort de l’espoir de cet homme, et de toute une génération. Voyez ces têtes sur l’écran, ces visages interrogés devant le fond neutre d’un studio aménagé en appartement, comme ils sont marqués. On a un frisson de rescapé en pensant qu’on a seulement frôlé l’espoir, qu’une date de naissance a empêché qu’il nous atteigne, et on écope maintenant son contrecoup, comme un courant d’air glacial qui nous rase le dos, comme une zone sinistrée qui s’étend derrière nous dès qu’on tourne la tête. Mourir à trente ans est un film inoubliable, parce qu’il marque la conscience, comme un tampon : si nous sommes bien des constructions individuelles qui se font lentement au cours de la vie, avec travaux d’élargissement, fissures ou effondrements, le film de Goupil nous désigne un trou, une pièce manquante que nous ne pouvions même pas colmater puisqu’elle nous était inconnue. Et parce qu’il est généreux, sincère, en même temps qu’il désigne ce vide, le film tente d’en faire un plein. »
Hervé Guibert (Le monde, juin 1982)