Giovanni Moretti nait en 1953 à Brunico en Italie. Il se passionne très tôt pour le cinéma, mais aussi pour le sport, en particulier le water polo (cf. Palombella Rosa en 1988). Mais sa ferveur pour la politique et ses inclinaisons pour l’extrême gauche prennent finalement le dessus.
Au début des années 70, le jeune Moretti s’achète une caméra super 8. Il tourne ses premiers courts-métrages. Puis le premier long métrage, Je suis un autarcique en 1976. Moretti tourne alors d’autres longs-métrages: Ecce Bombo (1978), Sogni d’Oro (1981), Bianca (1984), La messe est finie (1985), Palombella Rossa (1988), La Cosa (1990), Journal Intime (1993), Aprile (1998), La Chambre du Fils (2001), Le Caïman (2006).
Aprile Mardi 16 novembre à 20h00
« Aprile », c’est le mois du printemps, le mois de la naissance de son fils, le mois des élections en Italie… c’est ce mois d’avril 1997 qu’a choisi Moretti pour achever ce nouvel épisode de son journal intime. Entre 1994 et 1997, le cinéaste parcourt en scooter et en images une tranche de vie italienne qui traverse la sienne. A sa manière, souvent comparée à celle de Woody Allen, il déambule entre les manifestations, les visites au gynécologue, les déjeuners familiaux, les actualités télévisées, se plonge dans les coupures de journaux. Il poursuit sa démarche entamée dès ses premiers films, une démarche politique, esthétique… physique aussi ! Par fragments, comme la pensée mosaïque de Moretti, le film avance dans l’observation souvent ironique d’un pays malade de sa politique, mais aussi d’un cinéaste au mitan de sa vie. Nanni et Berlusconi. Nanni et la paternité. Nanni et le temps qui lui reste. Il nous invite à observer, nous aussi, cet état des choses avec lucidité. Un engagement esthétique et politique, qu’il veut distinguer d’un cinéma militant : «Je me méfie de ces réalisateurs qui se sentent investis d'une mission, dit-il, qui veulent changer la tête des spectateurs.»
Journal intime Jeudi 18 novembre à 18h00
Journal intime est composé de trois chapitres autonomes, qui tous ont pour personnage principal Nanni Moretti, dans son propre rôle. Dans Sur ma Vespa, Nanni sillonne les rues de Rome. C'est le mois d'août, la ville est déserte. Le cinéaste se laisse aller à la contemplation, tout en commentant des images des quartiers qu'il aime, et de ceux qui ne lui plairont jamais. Au hasard de ses déambulations, Nanni Moretti croise l'actrice Jennifer Beals. Il va au cinéma, avant de terminer sa balade à l'endroit où Pasolini fut assassiné. Dans Les Iles, la promenade s'élargit à un espace plus vaste, celui des îles éoliennes. Nanni cherche l'isolement pour travailler et espère trouver cette tranquillité chez son ami Gerardo, qui vit à Lipari. Les deux amis s’embarquent pour Salina, peuplée d'enfants uniques qui y règnent en tyrans, et les autres îles sont envahies par les touristes. Nanni et Gerardo ont constamment envie de fuir ailleurs. Tandis que Gerardo retombe dans un rapport de dépendance avec la télévision, Nanni est le témoin d'une société italienne qui perd ses repères. Dans Les Médecins, le cinéaste raconte son expérience de la maladie. Il souffre d'un prurit qui transforme sa vie en cauchemar. Mais les médecins, qui lui prescrivent des soins en tous
genres, des plus contraignants aux plus excentriques, sont incapables de le guérir. Un jour, on découvre une tumeur. Soigné à temps, Nanni guérit. Et nous regarde droit dans les yeux, au dernier plan de son film, comme pour nous communiquer la joie et l'énergie de la vie retrouvée.
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EDITO POLITIQUE ET CINEMA

En choisissant, il y a un an, de rassembler des films sous le thème général de «Politique et cinéma », nous n’imaginions pas que l’actualité nous donnerait à ce point raison. En quelques mois, les films auxquels nous avions pensé pour cette programmation prenaient une étonnante dimension de référence historique. Ainsi les films de Romain Goupil et William Klein sur les évènements de mai 68 (respectivement Mourir à trente ans et Grands soirs et petits matins). Mais les artistes ayant un pouvoir visionnaire, il suffisait de regarder de près les films sortis cette année pour saisir leur préoccupation commune pour les questions fondamentales de notre mode de vie et du « vivre ensemble ». Les questions du politique, donc. Des questions qui ont ressurgi brutalement dans le réel depuis la rentrée.
Les conflits dans le monde et les mouvements sociaux en France questionnent évidemment le cinéma, surtout le cinéma du réel. Parlant de cinéma « politique », l’écueil était de tomber sur un cinéma qui préfère les réponses aux questions. Ce n’est pas notre choix, et c’est donc par Aprile, un film de Nanni Moretti que nous ouvrons ce programme. Une manière de signifier que le cinéma politique peut être à
la fois engagé sur les conflits qui secouent la planète et sur les luttes de pouvoir, mais aussi très personnel (voir "autarcique"!), et pétri d’un heureux humour critique.
Nanni Moretti est donc, pour nous, une sorte de parrain éditorial de cette édition.
La plupart des films présentés ont pour vertu d’exercer un droit de regard sur les jeux de pouvoir, les conflits, l’emprise cynique de l’argent… Et ceci dans ses moindres interstices. Voir les films passionnants que sont Cleveland contre Wall Street, A ciel ouvert, Les hommes debout… ou ce court métrage captant les abus de pouvoir d’un physionomiste à l’entrée d’une boîte de nuit parisienne. La plupart ont aussi le souci d’aller chercher dans ces zones de turbulence, les personnes qui font face, qui font front, d’une manière ou d’une autre. Voir la belle chronique ouvrière de Entre nos mains, le portrait d’une héroïne Les trois guerres de Madeleine Riffaud, celui d’un malade de l’occupation Fix me… Autant de films qui ne vont pas changer le monde, mais qui interrogent notre regard sur le monde, de films qui nous regardent. Des films qui ont un pouvoir réfléchissant.
Annick Peigné-Giuly
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